a
condition animale
Les chiens et la Loi
Plus d'une
centaine d'ouvrages résumés traitant des chiens, de comportement ou de la
relation homme / animal


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RACE ET COMPORTEMENT
REMARQUES PRÉLIMINAIRES
Vaste sujet que celui-ci, la race influe-t-elle sur le comportement ou non ? Tenter de
répondre à cette question en soulève d'autres à savoir :
-
de quel type de comportement voulons nous parler ?
-
de quel type de transmission s'agit-il, y a-t-il corrélation entre race et comportement
?
-
quelle est la part que nous pouvons attribuer à l'homme dans cette transmission ?

COMPORTEMENT.
La définition que nous donne le Larousse est : "manière dont on se comporte;
attitude, conduite; ensemble constitué, d'une part par les réactions du sujet aux
stimuli et, de l'autre, par les motivations propre à la conduite de celui-ci"
Cette définition nous oblige à ajouter un qualificatif au mot comportement car, sans
ce dernier nous restons dans le vague. Désirons-nous parler du comportement social, de
chasse, de garde ? Dans le cas du chien, du chat, c'est essentiellement le comportement
social qui nous intéresse.
1 - TRANSMISSION D'UN COMPORTEMENT
La transmission d'un comportement peut se faire de plusieurs manières, et, globalement
on en distingue deux :
la transmission par apprentissage se fait par l'intermédiaire de la mère, puisque
aussi bien chez le chien que chez le chat, c'est la mère qui éduque sa portée.
2 - INFLUENCE DE L'HOMME SUR LE COMPORTEMENT
l'homme peut agir sur le devenir d'une race en sélectionnant des sujets qui
présentent un critère particulier et, en les croisant entre eux essayer de retrouver ce
critère chez les descendants (transmission génétique). Il peut également prendre, dès
la naissance des chiots, chatons, des mesures qui vont créer le comportement recherché
(transmission par apprentissage). A titre d'exemple :
-
un éleveur en croisant deux chiens de carrure forte, selon les lois de Mendel, augmente
la probabilité de voir naître de ce croisement une portée de chiots qui auront la même
carrure que leurs géniteurs. Les critères, qui peuvent être transmis ainsi, sont
essentiellement des critères morphologiques, biologiques. On estime a 20% la part
génétique pour la transmission de comportements.
-
si une personne sépare précocement des chiots de leur mère et les élève dans un
milieu pauvre en contacts avec les humains, elle obtiendra des chiots très méfiants
envers les hommes. Si vous ajoutez à ce comportement induit une récompense systématique
des comportements agressifs inhérents à ce type d'élevage vous aurez une bête féroce
envers tout humain.
RACE ET COMPORTEMENT.
Il est évident qu'un certain nombre de comportements sont transmis génétiquement.
Pour n'en citer que quelques uns :
-
le comportement d'encerclement chez les bergers
-
le marquage, le corps tendu un antérieur replié, chez les chiens d'arrêt
-
le comportement de chasse.
-
le rapport d'objets chez les Retrievers
Par contre, pour ce qui est du comportement social, ce mode de transmission n'entre en
jeu que dans un pourcentage très faible.
RACE ET COMPORTEMENT SOCIAL.
Le comportement social va se transmettre essentiellement par la mère et ensuite par
l'environnement. Pour nos chiens de compagnie, c'est le propriétaire et toutes les
personnes présentes au foyer qui vont prendre le relais de la mère. Ceci est
souvent ignoré ou sous-estimé par les maîtres. Prendre un chiot et l'amener à l'âge
adulte est une lourde responsabilité mais une aventure ô combien passionnante.
Une fois adulte, le chiot ne se comportera que comme vous lui aurez appris à se
comporter ! Par exemple, dire de son chien, désobéissant, "c'est normal c'est un
Cocker et il est bien connu qu'ils n'en font qu'à leur tête", est une explication,
une excuse non fondée, car l'on se réfugie ainsi derrière un concept de race pour
excuser nos erreurs, ou le laxisme dont nous avons fait preuve.
Les codes de communication, les rituels sociaux sont les mêmes chez le Yorkshire, chez
le Labrador ou encore le Malinois.
Ils décoderont de la même manière un appel au jeu, un rituel de soumission ou de
menace. Sauf, bien entendu, si nous avons interféré maladroitement dans l'acquisition,
dans l'utilisation de ces codes. Mais, dans ce cas nous pourrons déjà parler de
comportement social inadéquat induit.
INFLUENCE DE L'HOMME SUR LE COMPORTEMENT SOCIAL.
les facteurs à l'origine d'un comportement social inadéquat sont nombreux et
variées. Les plus fréquents, à mon sens, sont :
-
Les préjugés raciaux : qui n'a lu dans une revue canine des articles
présentant telle ou telle race, le Labrador par exemple, comme étant un chien qui aime
les enfants. Nous n'avons jamais rencontré de Labrador aimant les enfants. Par contre,
nous connaissons des Labradors qui ont été habitués aux enfants. Qui n'a entendu dire
que telle race, les Rottweilers par exemple, était dangereuse. Je connais des Rottweilers
bien dans leurs poils, très efficaces en recherche dans les décombres. Je ne connais pas
de Rottweilers dangereux, je n'ai rencontré que des Rottweilers rendus agressifs,
volontairement ou involontairement par leurs maîtres.
-
Les attitudes anthropomorphiques :
considérer que le chien fonctionne comme un
être humain, qu'il a les mêmes valeurs, les mêmes attentes que nous, est la cause
fréquente de comportements sociaux inadéquats. Par nos attitudes anthropomorphiques,
nous invitons littéralement le chien à prendre la tête de la famille, à maîtriser la
relation Homme / chien. Et il se conduira tout naturellement en véritable chef de
clan, avec ce que cela comporte comme menaces, grognements voire morsures en cas de
désobéissance. Prenez ce même chien, offrez lui le même cadre de vie mais en lui
faisant vivre une relation Homme / chien où il est traité en chien (à ne pas confondre
avec, "comme un chien") et bien hiérarchisé. Ce même chien se
révélera un compagnon calme, agréable pour son entourage.
Les attitudes incohérentes :
ces attitudes sont souvent les corollaires des
précédentes. Dans cette relation Homme / "Chien humanisé" les projections sur
le chien vont être multiples. D'où :
-
Incohérences familiales :Chaque membre de la famille va avoir des
attentes propres face au chien, pour l'un le chien sera l'enfant qui a quitté le foyer,
pour l'autre le protecteur intrépide de la famille..etc... Un Homme peut s'adapter à la
psychologie de ses proches, pour un chien cette adaptation est quasiment impossible car ne
l'oublions pas ; le chien, même domestiqué, vit dans son monde de chien, avec les codes
qui lui sont propres. Alors, quand il ne comprend plus clairement sa place, c'est sa
hiérarchie qu'il met en place, avec ce que cela peut comporter comme surprises pour
l'entourage ("je ne reconnais plus mon chien !).
-
Incohérence des interdits : Nous constatons souvent que chaque membre du
clan familial a des interdits spécifiques, découlant de ses attentes : pour l'un
l'accès au lit sera autorisé (signe de soumission), pour un autre membre l'accès en
sera interdit (signal de dominance), par contre ce dernier acceptera, voire provoquera le
partage de la nourriture à table (signal de soumission).etc... Ces interdits
variables, d'un membre du clan à l'autre ou chez le même individu mais en fonction de
son humeur? sont très souvent à l'origine de comportements déroutants pour les
propriétaires.
La conséquence de ces incohérences est la mise en place d'une hiérarchie peu claire
pour le chien, car on lui envoie tantôt des signes de soumission, tantôt des signes de
dominance. Une telle relation oblige le chien a fonctionner sur deux modes différents et
surtout opposés, d'où mise en place, très souvent, de son propre système de
fonctionnement. Et ce dernier sera cohérent, il imposera les lois canines, avec tout ce
que cela peut avoir de déconcertant et d'inquiétant pour les humains.
L'ampleur des comportements inadéquats, la rapidité de leurs apparitions vont
dépendre elles du caractère du chien (comme chez l'homme, il y autant d'expression de
tempérament que d'hommes). Comme chez l'humain, il existe des chiens, timorés,
courageux, impulsifs, soumis..... Ces traits se déclinent au sein de chaque race et sont
souvent renforcés, chez les chiots, par les humains.
C'est en ce sens qu'éduquer ou plutôt façonner un chiot et ainsi s'éduquer
soi-même est une aventure délicate. Dorlotez-le comme un bébé, couvez-le, et vous
aurez un chien qui risque fort d'être couard et donc potentiellement dangereux une fois
adulte. Cédez à ses caprices, acceptez-les, et vous aurez de forte chance d'avoir un
chien qui se prendra, une fois adulte, pour le chef et, en conséquence, sera
incontrôlable et potentiellement dangereux.
En conclusion, dans le projet de loi raciste, visant les chiens dangereux et contre
lequel on ne peut que s'élever, il y a une phrase que personne ne cite, à tort, et
qui constitue la meilleure conclusion possible :
"Il est possible de faire de tout chien un animal
dangereux, soit inconsciemment, par incohérence dans le mode de vie ou des ordres
donnés, soit consciemment par conditionnement et ce en une quinzaine de jour."
Rapport Sarre, chapitre II, Définition du chien dangereux
Malgré cela dans la nuit du 22 au 23 décembre 1998 cette loi raciste a été votée.
Dans 10 ans les Pitbulls auront disparu, puisque la stérilisation est obligatoire pour
les sujets vivant sur notre territoire, la reproduction interdite ainsi que l'importation.
Ces mesures nous laissent songeurs et nous amènent à poser les questions suivantes :
-
Si le Pitbull est si dangereux potentiellement pourquoi laisser perdurer pendant 10 ans
le risque potentiel de morsures graves sur les humains ? Nos élus auraient-ils fait
preuve d'irresponsabilité permettant cette survie de 10 ans ?
-
Cette survie accordée aux Pitbulls n'est-elle pas plutôt la reconnaissance implicite
de la dangerosité des propriétaires et de l'usage qu'ils en font ? Alors pourquoi nos
élus n'ont-ils pas pris des mesures pour traiter, éliminer le problème par le bon coté
de la laisse ?
-
Comment cette loi interdira-t-elle à ces mêmes individus d'acquérir des chiens certes
moins impressionnants et de pouvoir en faire le même usage (un Labrador rendu agressif
peut occasionner de belles et douloureuses morsure) ?
Le problème est social et supprimer telle ou telle race ou croisement de chien ne fera
pas, hélas, disparaître l'inadaptation sociale et la violence qu'elle génère. Mais
réfléchir sur nos valeurs, notre société et les mesures correctives à adopter
coûteraient sûrement beaucoup plus - en termes d'investissement humain et financier -
que celles qui ont été votées. (Au fait la stérilisation des pitbulls se fera-t-elle
aux frais de l'état Français ?)
Lors de la même session, ces mêmes élus ont voté une loi réglementant la vente des
fusils à pompe, car arme préférée des délinquants de banlieue. Ce n'est pas la
fabrication de fusils à pompe qui a été interdite, un permis de détention a été
instauré !
Jean-Marc Graff, Président de l'Association "Cave Canem" 24/12/98
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