Mon métier, mes activités au sein de notre association, m'amène souvent a
être confronté à la maltraitance ou de parler de la maltraitance. Et chaque fois
je suis obligé de faire le constat : dans l'esprit de 98 % des gens la
maltraitance est synonyme de coups et de cruauté. En rédigeant cette page ce
n'est pas sur cette forme de cruauté que je voudrais attirer votre attention,
des organismes de protection animale s'en chargent très bien. Trop bien à mon
goût car elle passent complètement sous silence cette forme insidieuse de
maltraitance. Je veux parler de ces attitudes, par amour certes (encore
faudrait-il définir le concept d'amour) mais qui sont néanmoins de la
maltraitance et qui consistent à prêter des besoins alimentaires et
comportementaux humains à nos compagnons de vie.
En gros je constate souvent deux formes de maltraitance par amour
- je t'aime donc je t'étouffe.
- je t'aime donc je t'engraisse.
La troisième forme de maltraitance que je n'aborderai pas ici est le syndrome de
Munchausen. La solution de cette maltraitance étant une thérapie du maître par
un psychothérapeute.
Je t'aime donc je t'étouffe
Cette maltraitance commence souvent au stade chiot. Par ignorance on prive le
chiot de tout contact avec ses congénères. Cette hyperprotection va en fait
priver le chiot des contacts indispensables qui lui permettrons d'apprendre,
d'expérimenter le langage des chiens, le relations hiérarchiques indispensables
au juste comportement non seulement avec ses frères chiens mais aussi envers
l'homme. Les carences de ce type entraînerons un comportement inadéquat en
présence de congénères (agressivité, inhibition). Les attitudes d'agressivité de
bon nombre de petits chiens sont à rechercher dans ce type d'hyperprotection (et
non dans l'explication, très anthropomorphique : ils agressent car il savent
qu'ils sont petits).
On ne répétera jamais assez qu'un chien, quelle que soit sa race à besoin de
ses congénères pour apprendre le juste comportement, les anglo-saxons l'on
compris d'ou la création d'écoles de chiots.
Cette maltraitance se poursuivra par une humanisation, ou plutôt une
infantilisation du chien. En effet, s'il est vrai que le chien est de plus en
plus considéré comme un membre à part entière de la famille, il continue malgré
tout a "fonctionner" en chien et pour signifier son "mal être" il ne pourra
avoir recours qu'au langage chien (destructions, souillures, agressivité).
Et la "cerise sur le gâteau" dans ce cursus de la maltraitance est constituée
par la fréquence et la durée des sortie. Un chien a besoin de sortir non
seulement pour faire ses besoins mais aussi pour "s'informer et se situer dans
un environnement". Renifler des crottes, des pipis lui permet de s'informer sur
le monde dans lequel il vit (imaginez vous d'être privé d'informations donc
coupé du monde). Les sorties "vite pipi, crotte" carence le chien avec des
conséquences comparables que chez l'homme en cas de privation d'informations.
Force est de constater que bien souvent un chien en appartement a plus de
contact avec le monde qui l'entoure car le maîtres sont obligés de le sortir,
alors que le chien en pavillon ne connaît souvent que le périmètre du jardin.
C'est dans ce type d'humanisation qu'il faut chercher la cause des
comportements inadéquats de plus en plus fréquents. on pourrait résumer cela par
une citation de B. Cyrulnik : "Depuis
qu'en Occident nous les prenons pour des oeuvres d'Art vivantes, chargées de
stimuler notre affectivité, il vivent comme des patachons et nous mordent de
plus en plus parce qu'ils se considèrent comme nous dominant. Dans les
civilisations qui se les représentent comme fouilleurs d'ordures, ils sont
tellement méprisés qu'ils se sentent dominés. Là, ils mettent la queue entre
leurs pattes, baissent les oreilles et évitent les hommes."(1)
Aimer et aider un chien, cela est vrai
pour tout animal de compagnie, ce n'est pas lui donner le statut d'humain, c'est
respecter ses vrais besoins, un chien ne pourra, même avec tout l'amour que lui
porte son maître que raisonner en chien, jamais en humain !
Je t'aime donc je t'étouffe (ébauche
d'explication)
Cette montée en puissance se trouve dans
le sentiment zoophile induite par notre société industrielle et les conséquences
de celle-ci, solitude, violence, mal-être....l'homme étant, comme le chien, un
animal social mais doué de projection, en plus des relations sociales (au sens
large) vitales, il peut se créer un monde fantasmatique (en contre pied de la
réalité quotidienne) dans lequel il va pouvoir se ressourcer. Dans ce monde
fantasmé l'animal de compagnie est une pièce clé. Il n'a pas accès au langage
articulé on peut donc lui prêter toutes les questions et toutes les réponses et
en conséquence interpréter toutes ses attitudes comme une adhésion à nos
concepts du monde. Et quand ce n'est plus le cas, du fait du comportement
inadéquat de l'animal, ce n'est pas notre concept qui est mauvais, mais l'animal
qui n'est pas normal (ne faut-il pas voir dans cette explication une grande part
des abandons ?).
En outre dans cette relation que nous
avons avec nos animaux de compagnie, toujours en raison de l'évolution de notre
société, ils sont de plus en plus traité en enfant. Mais en enfant appelés ou
amenés (consciemment ou non) à rester dépendant. Cette démarche est plus que
paradoxale quand on sait que la relation moderne d'éducation est fondée sur
l'acquisition entre autre de l'autonomie. Or l'animal de compagnie (c'est encore
plus vrai pour le chien) est élevé dans uns un esprit de dépendance (esprit qui
est diamétralement opposé à celui de l'éducation de nos enfants) lui est
condamné "ad vitam aeternam" à la la dépendance. L'animal de compagnie ne
remplacerait-il pas le rôle que nous aimerions que nos enfants aient ?
(façonnable à merci, fidèle jusqu'à la mort et malgré tout reconnaissant, ce qui
est le cas des animaux de compagnies).
L'autre sorte de maltraitance trouve
également ses origines dans un anthropomorphisme, (anthropocentrisme) exagéré.
Je t'aime donc je t'engraisse...
En cette fin de siècle, le choix de nourriture proposé aux propriétaires n'a
jamais été aussi vaste, normal, énergétique, senior, junior...etc. Ce choix de
produits, dans une gamme, n'est pas critiquable en soit, mais l'usage qui en est
fait. Les abus le sont et ce malgré les bonnes intentions. Aucun media, et
encore moins les producteurs, les professionnels, les SPA , n'ont pris le soin
d'informer le grand public, détenteur de chiens, quels étaient les besoins réels
des canidés.
Le message se résume à : vous aimez votre chien donnez lui le meilleur ! et à
partir de cette affirmation on assiste à des dérives :
- le maître, qui pensant bien faire, cuisine les repas comme les siens (on sale
pas trop, gare à l'hypertension).
- le maître, qui donne des croquettes "énergétiques" à son chien, qui a une vie
sédentaire (avoir des formes = être en forme)
- le maître qui fait un cocktail de croquettes, de boites et de petits plats
mitonnés.
- le maître qui lui prélève une portion de son propre repas (le plus touchant
aux yeux des amis des animaux)
j'en passe et des meilleurs.......
Toutes ces attitudes, partent d'un sentiment d'amour et pourtant....bon
nombre de chiens qui ont droit à ce régime de faveur le payent chèrement. Car
souvent ces régimes d'amour, sont synonymes de surcharge pondérale avec tous les
problèmes que l'excès de poids entraîne (problèmes cardiaques, articulaires,
comportementaux). Un chien ainsi soigné, aux petits oignons, du fait de sa
surcharge pondérale voit son espérance de vie diminuer significativement, son
comportement altéré. Ses besoins protéiques, lipidiques et glucidiques n'étant
pas équivalent aux besoins des humains, le chien stocke cet excédent dans son
tissu adipeux.
A l'exemple de ce chien, un Golden Retriever, rencontré dans un parc
Strasbourgeois, deux autre chiens se précipitent vers ce chien. Le maître des
deux chiens s'approche et rappelle ses deux compagnons en ajoutant au rappel "
laissez ce papy tranquille". Le maître du Golden, un peu vexé, répond : ce n'est
pas un papy il a 3 ans ! Mon ami se sent un peu gêné. Il s'en suit une
discussion au cours de laquelle il ressort que le dit Golden pèse 48 kg, soit un
certain nombre de kilos en trop par rapport au poids moyen de cette race.
Au cours de la discussion il apprend que ce chien a droit tous les jours à "un
petit déjeuner" tartines beurrées, à un repas de midi (croquettes et viande) et
un repas du soir (reste et plats spécialement cuisinés). Mon ami s'étonne de ce
régime il lui est répondu : " il a toujours faim, quand on lui donne il mange et
quand nous mangeons sans rien lui donner, il mendie". Ne rien lui donner serait
inhumain !
A cela le propriétaire ajoute : "je sais il est un peu gros mais cela tient au
fait qu'il ne cours pas beaucoup, il est très flemmard"
Avez vous déjà vu un obèse courir un 100 mètres ? Même s'il le voulait son corps
malmené crierait "Stop je n'en peux plus". Il existe effectivement des chiens qui
ont un caractère amorphe, mais malheureusement dans un grand nombre de cas c'est
plutôt le surpoids qui entraîne cette apathie.
Aimer son chien, c'est donner à son compagnon une alimentation, une quantité
adaptée à ses besoins. Le voir grassouillet* est une chose mais est-elle
justifiée par une réduction de son espérance de vie ! Amour ne doit pas être
équivalent de mort prématurée.
De même donner à son chien une alimentation type "énergie", alors qu'il vit
une vie de M. "Tout le monde" équivaut à donner une alimentation à M. Durant
d'athlète de haut niveau alors que ce dernier ne pratique qu'occasionnellement
des concours de pétanque. Imaginez le résultat sur M. Durant !
Je t'aime donc je t'engraisse (ébauche d'explication).
La première explication qui me vient à l'esprit découle de notre notion de
façonnage de nos propre enfant (cette explication me semble vraie que pour les
propriétaires d'un certain âge). Jusqu'à l'apparition des laits (humains), dans
les années 1970, dit maternisés il était de bon ton de donner une alimentation
riche (en sucre en autre) afin d'avoir des bébé "grassouillet" (soufflé en terme
médical). Dans l'esprit populaire un bébé en bonne santé avait du volume).
Malgré les preuves de pertinence dans le domaine de la santé, ces laits
maternisés, ainsi que le lait maternel avaient beaucoup de mal à s'imposer.
La deuxième explication (pour nos générations qui n'ont pas connu la guerre)
semble résider dans l'archétype de la femme, de l'homme moderne en vigueur dans
notre société. Combien d'entre nous suivent un régime afin de coller à une image
(consciemment ou inconsciemment). Pour les humains les notions de goût, de
plaisir, de délectation, de plaisir sont de notions importantes alors quand nous
devons faire attention à notre alimentation, au cholestérol, nous nous
rattrapons par animaux interposés. "Je ne peux (je n'ai pas droit de manger
cela", je souffre de cet état de fait alors je vis a travers tes goûts.
Mais l'inverse est vrai également : "je me dois de réduire mon alimentation"
alors toi mon animal de compagnie tu y a droit également et ce sans tenir
compte, une fois de plus de ses besoins énergétiques.
Conclusion
En conclusion, aimer ou plutôt respecter son animal de compagnie c'est
s'informer et respecter ses besoins comportementaux, énergétiques, en plus des
règles de vie cohérente. Les animaux n'ont pas besoin, du simple fait qu'ils
sont de compagnie, des mêmes besoins que nous leur compagnon ! Les priver de
contacts, leur ôter toutes facultés d'adaptation afin d'être à leurs yeux Dieu,
les engraisser et ainsi réduire leur espérance de vie, installer des pathologies
(cardiaques, articulaires) me semble aussi dramatique et condamnable que la
violence physique, et l'amour ne doit et ne peut, à mon sens pardonner cette
cruauté.
* en Allemagne, Suisse les ligues de protection animale commencent à
sensibiliser les personnes à ce problème. Elles ont même montrée que les
surcharges pondérales ne se réduisaient pas uniquement sous alimentation "light"
mais que les pertes de poids les meilleures étaient obtenues avec des croquettes
normales + une hygiène de vie (sortie) adéquat, sauf pathologies particulières.
Jean-Marc GRAFF © Octobre 2003