
LE CHIEN
ET LES RETRAITES
Des pensionnaires de tous poils
Dans
les maisons de retraite de Fegersheim et de Geispolsheim veillent de
curieux vigiles qui sont les coqueluches des retraités. Pilou et Bandit,
deux adorables toutous égayent la journée des pensionnaires. Visite
guidée.
« Pilou, c'est le roi, ici ! », témoigne Michèle Marx,
auxiliaire de vie à la maison de retraite le Gentil'Home de Fegersheim.
Issu de la SPA de Strasbourg, ce croisé de berger allemand de quatre ans
partage, depuis le 30 mars dernier, la vie des pensionnaires. Surtout
celle de Jeanne Fortenbach et de Marcel Baechle. « Avant, les chiens me
laissaient indifférent, mais depuis que nous sommes allés chercher Pilou à
la SPA, c'est lui qui nous a adoptés ! », explique Marcel avec le sourire.
Depuis, Pilou a largement eu le temps de faire plus ample connaissance
avec son nouveau domaine. Au gré de ses pérégrinations quotidiennes, il va
de chambre en chambre, rendre visite aux pensionnaires, récoltant ici une
caresse, là une sucrerie. Il est même passé maître pour se rendre d'un
étage à l'autre à l'aide de l'ascenseur, en profitant des allées et venues
du personnel de service. Mais Pilou ne donne pas sa confiance au premier
venu. Si les visages familiers sont accueillis par un joyeux glapissement,
les inconnus ont droit à un grondement sourd qui inspire de la retenue,
sinon du respect. Hormis la cuisine où le charmant canidé n'a pas le droit
de montrer sa truffe, le reste du bâtiment est son domaine et rien ne s'y
passe sans que Pilou ne le sache. « Nous voulions un chien vigilant, mais
qui ne morde pas, indique Michel Speisser, directeur des deux
établissements de retraite de Fegersheim et de Geispolsheim, c'est la SPA
qui nous a conseillé Pilou. Il remplit sa fonction à merveille. Toutes les
maisons de retraite devraient avoir un chien ! » A Geispolsheim, depuis
cinq ans déjà, l'expérience canine est concluante et c'est Bandit qui
accompagne la vie des pensionnaires en compagnie d'Axel, le chat. Chaque
matin, ce setter croisé labrador de 11 ans va en balade avec Charles Hans,
au gré de leur humeur sur les chemins de campagne environnants. Bandit en
laisse et Charles à vélo qui n'a pas besoin de donner le moindre coup de
pédale, de toute la matinée ! Au retour, Bandit a droit à sa séance de
brossage quotidienne avant de pouvoir saluer les pensionnaires et le
personnel de la maison de retraite Sans Souci de Geispolsheim. « A midi
pile, il se retrouve à la salle à manger où il bénéficie de la générosité
des pensionnaires », indique Murielle Gar qui a toujours voulu un chien à
la maison de retraite. « Au début, personne n'était d'accord, mais nous
avons dû faire face à six cambriolages... Depuis que Bandit est là, nous
sommes tranquilles ! », indique celle qui connaît bien le travail des
veilleuses de nuit. « C'est le meilleur système d'alarme qui existe »,
témoigne Michel Speisser pour qui la sécurité et le moral des
pensionnaires sont capitaux. « Psychologiquement, un chien permet de
recréer un lien pour les personnes âgées, entre la maison de retraite et
leur vie d'avant ». Seulement voilà, devant tant d'attentions de la part
des pensionnaires pour leurs mascottes, Pilou et Bandit ont pris le rythme
de la maison de retraite et sont devenus quelque peu « pantouflards », à
tel point que Pilou a été mis au régime et que la même sentence pend à la
truffe de son homologue de Geispolsheim. Vraiment, une vie de chien !
Hervé Keller © Dernières Nouvelles D'Alsace, Vendredi 11
Février 2000.