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condition animale
Les chiens et la Loi
Plus d'une
centaine d'ouvrages résumés traitant des chiens, de comportement ou de la
relation homme / animal

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L'ENFANT
ET LE CHIEN : APPRENDRE A COMPRENDRE L'AUTRE
Une interview du Professeur Jean-Louis MILLOT, Docteur en neurosciences et responsable
du Groupe de Recherche sur l'Enfant, son comportement et son environnement à
l'Université de Franche-Comté' (Département de Biologie du Comportement et
d'Ecophysiologie).
-"On parle souvent des rapports positifs qu'entretiennent le chien et l'enfant, en
se positionnant toujours du côté de l'enfant. Mais quel est le point de vue du chien ?
Autrement dit, comment "démonter" en termes éthologiques le comportement
affectueux du chien à l'égard de l'enfant ? Comprend-il qu'il s'agit d'un "petit
d'homme", de la même façon qu'il est capable de distinguer un chiot d'un chien
adulte ?"
-"Difficile de le savoir à l'aide de questionnaires, bien sûr ! Seule une étude
comportementale et une réflexion théorique peut nous apporter des réponses valables.
Tout d'abord, et partant du fait que le chien est un canidé social, on a pu comparer son
comportement à celui d'un très proche cousin, le loup, et raisonner dès lors en termes
de meutes, de relations de dominance et de subordination, etc.
Est-ce fondé ? Je n'en suis pas si sûr. Le chien entretient avec l'homme une relation
d'étroite connivence depuis plus de 12.000 ans. Il est certain que cette cohabitation a
largement altéré ses habitudes initiales, qu'elles soient de loup ou de chacal, et
créé quelque chose de tout à fait nouveau... La domestication a occulté' certains
traits de son caractère primitif, elle en a développé d'autres, ce qui a donné cet
animal composite, en partie fabriqué par l'homme ! En fait, beaucoup reste à
apprendre
à son propos. Beaucoup reste à découvrir, car l'éthologie du chien est vraiment une
discipline neuve, qui s'intéresse à un cas complexe !
Maintenant, pour en revenir à votre question, le processus d'attachement du chien à
l'enfant ou à d'autres personnes résulte essentiellement de ce que l'on appelle la phase
sensible de familiarisation. Cette "habituation" à un partenaire est mise en
oeuvre lors d'une période précoce du développement du chiot, et reste différente de ce
phénomène si remarquable de l'imprégnation que Konrad LORENZ avait mis en lumière chez
les oisons.
On retrouvera d'ailleurs le même processus chez le chat. Un animal familier élevé hors
du contexte humain redevient une bête sauvage, tout simplement !"
-"Cet attachement du chien à l'égard des humains est donc la résultante d'un
environnement particulier, c'est bien cela ? "
-"Tout à fait ! Dès son plus jeune âge, un chien "normalement
élevé" se trouvera baigné dans un flot constant de signaux humains, d'autant plus
signifiants pour lui que ces messages seront cohérents, congruents, non-contradictoires.
Et c'est à partir de ceux-ci que l'animal déterminera ses différents partenaires,
adultes et enfants.
Vous savez, je ne crois pas beaucoup à cet instinct mythique du chien, tout fait
d'abnégation et de soumission à un maître unique. L'attachement homme animal est une
relation qui se construit, bien ou mal, selon que les signaux, les ordres donnés seront
précis et chaque fois identiques en fonction de la situation, mais aussi selon le type de
langage non-verbal utilisé, et dans la mesure où les messages émis par l'homme seront
situés dans une intonation compréhensible par l'animal. Il y a des gens incapables
d'être maîtres de leurs chiens et des chiens très perturbés qui ne s'attacheront à
personne !
Bref, de l'histoire relationnelle de ces différents partenaires (chien et famille)
naît ce qu'on pourrait appeler une cognition sociale. Le chien élabore ses propres
représentations des êtres d'interaction de son environnement et détermine peu à peu le
rôle et l'importance de chaque membre de la famille.
Par ailleurs, même s'il est avéré que les femelles sont généralement plus douces
avec les enfants, on ne peut pas pour autant y voir la mise en oeuvre d'un éventuel
instinct maternel !
La connaissance de l'éthologie du chien est en plein développement. Nous en apprenons
chaque jour un peu plus et découvrons chaque jour d'étonnants aspects de comportements
manifestement plus complexes qu'on ne le supposait au départ."
-"Et du côté de l'enfant, comment cela se passe-t-il ?"
-"On a pu distinguer différentes étapes dans son comportement à l'égard de
l'animal. Dans un premier temps, l'enfant apprend à distinguer les personnes l'une de
l'autre, et ceci très tôt ! Et sans doute, assez vite, l'enfant classe-t-il le chien
comme un membre de son groupe familial. Progressivement, apparaissent différents
comportements. L'enfant qui ne marche pas encore a pour comportement majeur de tendre la
main et de vocaliser en tournant la tête vers l'objet qui l'intéresse. Le chien passe,
l'enfant l'agrippe par les poils, c'est le d'but de toute une gamme de communications par
caresses (mais aussi par la voie de l'olfaction, en ce qui concerne le chien) qui va se
diversifier de plus en plus au cours des années. Vers deux ou trois ans, l'enfant peut se
montrer plutôt agressif, procéder à de fréquents reports d'agression sur l'animal, il
bouge beaucoup et fait plein de bêtises. C'est l'âge des accidents domestiques... et des
morsures de chien. Mais rarement du chien de la maison. D'habitude, celui-là encaisse les
menaces, les quelques coups lorsqu'ils existent et s'éloigne.
En vérité, le danger peut provenir essentiellement d'un chien extérieur, celui du
voisin, d'un ami, d'un parent : un chien qui connaît mal l'enfant et que l'enfant
connaît mal.
A quatre, cinq ans, nouveau changement de perspective : cette grosse bête pleine de
poils, si puissante, avec des crocs quelquefois si inquiétants, eh bien, elle obéit
quand on lui donne des ordres ! L'enfant, placé naturellement en bas de l'échelle
hiérarchique familiale, peut à son tour commander à quelqu'un, devenir le chef, le
grand patron ! Mais ce nouveau type de rapports implique 'évidemment une certaine
compréhension du "langage chien" : les signaux non-verbaux d'attention, de
refus, d'irritation, de joie, que l'animal 'met par le jeu de sa physionomie, le mouvement
de sa queue ou des ses oreilles, l'enfant doit pouvoir les interpréter correctement. Il
doit apprendre à respecter l'autre, à comprendre son monde, et à y réagir de façon
adéquate. A l'inverse, il s'agit aussi de se faire comprendre ! L'enfant doit adopter la
posture correcte, le ton de voix correct, les attitudes qui s'imposent s'il veut que son
message passe auprès du chien ! Tout cela, on l'imagine, est riche d'enseignements pour
le bambin, mais s'avère aussi très gratifiant quant à l'image qu'il se fait de
lui-même ! N'oublions pas non plus ce qui fait l'essentiel du rapport enfant chien,
c'est-à-dire les liens affectifs. L'enfant serre son chien dans ses bras, il entretient
avec lui des contacts étroits, il lui parle dans le creux de l'oreille, l'embrasse, joue
avec lui, tous rapports particulièrement satisfaisants tant pour l'enfant que pour le
chien !"
-"De telles interactions sont-elles concevables dans le cadre d'un milieu
d'accueil ?"
-"Oui, mais la relation sera autre, puisqu'on peut difficilement imaginer que
chaque enfant dispose de son propre animal : ici, et par le biais des "fermes pour
enfants", par exemple, ou de l'insertion de quelques animaux en milieu scolaire, on
peut créer une motivation, un intérêt de la part des enfants. L'animal familier peut
alors constituer un vecteur pour diverses activités éducatives, pédagogiques... . Ceci
est peut-être d'autant plus vrai pour des enfants en difficultés, souffrant de
problèmes d'insertion quelle qu'en soit la cause".
-"Revenons-en au milieu strictement familial, si vous voulez bien. On a souvent
prétendu que l'arrivée d'un nouveau-né' dans la famille était mal vécue par le chien
(ou le chat) de la maison. Est-ce exact ?"
-"Elle peut l'être! En effet, l'attention des parents à l'égard de l'animal
risque de diminuer alors considérablement, pour se focaliser sur le bébé. Certaines
pièces de la maison sont désormais interdites à Médor, on oublie quelquefois de le
promener aux heures habituelles, ses maîtres se montrent plus sévères... bref, le chien
est parfaitement capable de prendre conscience du changement de la situation ! Et il est
donc possible qu'il manifeste à ce moment-là, de certaines manières, un certain
désaccord. Ceci dit, il semble que lorsque le chien arrive APRES l'enfant, la relation se
construit mieux. Les interactions sont en effet plus nombreuses lorsque l'animal est
déjà intégré au paysage familial dès avant la naissance."
-"Donc, le toutou qu'on achète comme cadeau d'anniversaire..."
-"A exclure absolument, si l'on n'a pas pleinement conscience de ce que cela
implique pour toute la famille. Qui en prendra soin, le nourrira ou se chargera de le
sortir deux fois par jour ? Le chien n'est certainement pas un jouet ou une peluche qu'on
offre sur la base d'un simple caprice. C'est un être vivant, certes adapté à notre mode
de vie, mais également porteur de besoins propres et de certaines exigences ! Et ce n'est
qu'en respectant celles-ci, en les prenant en compte, qu'une authentique amitié entre
l'enfant et le chien pourra s'élaborer sur des bases saines et donner tout le profit
psychoaffectif qu'on peut en attendre !"
Professeur Jean-Louis MILLOT
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