la condition animale

Les chiens et la Loi

La relation homme / chien

Le chien au service des hommes

Actualités

Santé Animale

Liens

Nous contacter

Recherche

Bibliographie :

Plus d'une centaine d'ouvrages résumés traitant des chiens, de comportement ou de la relation homme / animal

En savoir plus

   

 

 

 

 Positionnement et Statistiques Gratuites

 

Le chien, mon cousin

par Jean Lessard (jeanlessard @ sympatico. ca)

 Comment votre chien comprend-il? Pas avec des mots (enfin, pas exactement) mais vous pouvez apprendre à lui parler «chien» et à vous faire comprendre sans malentendus.

Des principes illuminants de certains Anciens tels les Grecs, les Romains et les Égyptiens, qui ont souvent élevé l'animal au rang de dieux, nous sommes tombés jusqu'aux obscurs et douteux concepts de Descartes1 concernant les animaux, et ce, principalement afin de mieux nous en distinguer. Ainsi, on aura réussi à ériger une frontière qui nous est longtemps, trop longtemps, apparue absolument infranchissable : la barrière nature/culture. Heureusement, quelques esprits éveillés ont été entendus. Darwin2 et sa théorie de l'évolution auront ébranlé un système de croyances judéo-chrétien qui entretenait la coupure entre l'humain et la nature.

 En voulant prouver que nous partagions tous la même généalogie, la vision darwinienne nous attaquait l'ego. Nous nous sentions rabaissés. De nos jours, nous nous en remettons lentement et péniblement. L'éthologie contemporaine nous a rouvert certaines voies qui semblaient ensevelies à jamais. La zoothérapie nous aura mis de nouveau en contact avec l'essence même d'une communication simple et bénéfique entre nous et les animaux.

Certains énoncés que Darwin avançait vers les années1850 nous apparaissent aujourd'hui de plus en plus évidents : « Au cours de notre longue évolution morale et spirituelle, nous avons appris à élargir progressivement le champ de notre sollicitude. Le temps est peut-être venu pour nous d'y inclure non seulement les autres races et les autres nations, mais aussi les autres espèces ; ce sera une sympathie étendue au-delà de l'espèce humaine ; c'est-à-dire qu'un comportement humain vis-à-vis des animaux me semble être une de nos dernières conquêtes morales. »

 Ces recherches et ces découvertes sont presque toujours associées à la grande question que se pose l'homme depuis qu'il peut se la poser, sur ses propres origines, son évolution et son fonctionnement. En effet, notre création reste un mystère pour la majorité. Et ceux qui tentent des réponses se voient toujours bafoués par leurs contemporains parce que les réponses qu'ils trouvent bousculent toujours l'ordre des choses, stimulant ainsi une insécurité collective, ébranlant nos croyances, défiant le statu quo. Toujours, ils se voient ridiculisés, rejetés, voire même bannis. D'Anaxagore3 jusqu'à nos contemporains tels Boris Cyrulnik4 ou Roger Fouts5, une multitude de chercheurs ou de penseurs ont questionné l'intelligence animale en la comparant à la nôtre, toujours en tentant de trouver des réponse quant à nos origines et à notre évolution. On a questionné l'existence de l'âme chez l'animal, la présence d'un niveau de conscience, etc. Certains l'ont fait afin de faire valoir les bienfaits de la création et de la nature, d'autres y ont vu l'occasion de tenter de prouver la supériorité de l'espèce humaine.

 Les bases du langage animal
L'étude des comportements chez les animaux nous aura permis de constater le fonctionnement de plusieurs espèces. L'étude du langage utilisé par certaines de ces espèces nous aura amenés à connaître l'étendue de leur système de communication, du plus simple au plus complexe, et l'utilité de celui-ci. L'élaboration de ces systèmes repose sur la nécessité qu'éprouve telle ou telle espèce de se comprendre entre individus. Ces nécessités, de prime abord, ont toujours été relatives à l'instinct de survie. Exprimer son besoin de se reproduire ou de manger, ou encore de se protéger contre les prédateurs, par exemple, est à la base de tout système de communication établi par un animal ayant à vivre en communauté.

 Chez les chiens, la mutation de l'espèce ne s'est pas faite, comme chez l'humain, de quadrupède à bipède et n'a pas prévu non plus l'abaissement du larynx permettant l'expression vocale, comme chez les primates. Du dinictis6, qui semble l'ancêtre commun des canidés d'où sont issus, entre autres, la famille des canis (canis lupus ; loup, canis familiaris ; chien), le langage est resté au stade corporel.

Ce sont les attitudes physiques, les mimiques faciales, la position des oreilles ou de la queue qui déterminent la nature des interrelations. Quelques sons (aboiements, jappements, hurlements, etc.) se sont ajoutés au «dictionnaire canin» afin d'augmenter la clarté des messages et ainsi tenter d'éviter tout quiproquo. Il semble toutefois qu'ils ne peuvent pas avoir recours à quelque forme syntaxique que ce soit. En effet, ce n'est pas parce que nous disons à notre chiot en le grondant : «Pipi, dehors !» que celui-ci fait la relation entre ces deux éléments, même s'il est capable d'associer une image distincte à chacun de ces sons.

En contrepartie, si, sur le territoire déterminé par une meute, pendant que le chiot urine dans un endroit où ce comportement est interdit, la mère le prend et l'amène là où il faut, le petit sera alors bien vite en mesure d'établir une relation. Pour Fouts, cet exemple illustre bien la différence essentielle entre un système vocal et un système gestuel : les mots expriment des objets, les gestes expriment des relations. Ainsi, «le geste est grammaire». Dans l'enseignement qu'offre la mère à son chiot, le fait d'uriner au mauvais endroit est l'agent, le fait d'amener le chiot est l'action et l'arrivée au bon endroit afin d'y uriner est l'objet. Les grammairiens appellent cette configuration classique S.V.C. (sujet-verbe-complément).

 La grammaire permettant l'établissement de relations est, toujours selon Fouts, inscrite dans le plan génétique. C'est cette grammaire universelle, ou faculté syntaxique, qui nous permet de nous adresser à d'autres êtres humains ne parlant pas la même langue que nous ou encore de nous parler sous l'eau ou de chaque côté d'une vitrine. Il semble que pour les chiens, les mots utilisés seuls peuvent servir tant qu'ils sont associés à une chose (balle) ou une position (couché) mais leur organisation en phrases n'a pas cours dans l'éducation canine.

On ne pourrait demander à un chien, à l'aide de «phraséologie verbalisée» de se comporter de telle ou telle façon à moins de lui avoir préalablement enseigné une séquence qu'on aura pris soin de décortiquer en éléments uniques, chacun associés à un seul mot (s'asseoir, rester, aller chercher la balle, la rapporter, la déposer, puis s'asseoir de nouveau et enfin, attendre). Nous pouvons, par contre, lui enseigner ces séquences tout comme sa mère le ferait pour la propreté, par exemple, sans utiliser un seul mot : «Non, pas dans la maison ! Dehors, et précisément à cet endroit du jardin, tu peux te soulager sans peur de réprimandes; au contraire, j'en serai bien contente.» Cette phrase pourrait s'acquérir en un rien de temps. Quelles économies de salive, de verbiage et d'émotions pénibles ferions-nous ! Le plus extraordinaire dans ce constat, c'est que le chiot est en mesure de comprendre aisément de quoi il s'agit, sans que nous ayons à le punir.

Évidemment, le contenu du message est nouveau : «Ah ! tiens donc, on ne peut plus faire nos besoins ici.» Et là, c'est sa capacité d'adaptation qui verra à gérer l'avènement d'un nouveau comportement en concordance avec le nouveau message. Mais son contenant, sa forme «grammaticale»est sue et connue depuis belle lurette et lui permet de comprendre rapidement ce qui se passe et de s'y conformer facilement.

 Enseigner la propreté à un chiot n'a jamais été si facile qu'avec sa mère. Il n'est pas puni parce qu'il se soulage au mauvais endroit, il est simplement guidé à faire les choses autrement. Il ne développe ainsi ni peur, ni confusion relativement à l'élimination. Jamais donc, il ne pensera : «Je n'ai plus le droit d'éliminer» (il tenterait alors de le faire en cachette) ou «Ce que ma maîtresse veut c'est que je fasse disparaître mes excréments» (il se mettrait alors à les manger). Pas de punitions : quel soulagement ! Si on se met en rogne parce que la moquette que nous avons payée si cher se retrouve souillée, c'est bien notre faute : nous n'avions qu'à l'enlever ou à empêcher le chiot d'y avoir accès.

 Même si nous partageons les origines du langage, nous n'avons pas développé celui-ci de la même façon. Mais nous sommes toutes des espèces «abouties». Nous nous équivalons, chacune dans nos différences. Nous nous débrouillons bien l'une comme l'autre, dans nos mondes, nos contextes, et face à chacun de nos problèmes.

Instinct animal et intelligence humaine?
Picard et Vidal
7 affirment que parler de l'instinct animal opposé à l'intelligence humaine n'a plus aucun sens. La dite supériorité de la pensée consciente humaine devient de plus en plus difficile à soutenir au fur et à mesure que nous apprenons à connaître et à apprécier l'ingéniosité dont font preuve les animaux pour résoudre leurs problèmes. Si, toujours selon les théories de l'évolution, la parole est née du geste, nous possédions donc le geste d'abord, et l'utilisions couramment et à des fins multiples. Et on l'utilise toujours, seulement un peu moins. On peut donc facilement s'imaginer utilisant le geste d'une manière plus appropriée au chien. Déjà, on sait qu'il peut très bien lire nos mécontentements, nos joies, notre stress et nos peines. Il les lit à même notre dictionnaire gestuel.

 Konrad Lorenz8 affirme que dans le comportement humain il existe des signes, des mimiques qui transmettent automatiquement une humeur; ce qui caractérise ce processus, c'est qu'il fait appel à des gestes extrêmement légers, minimes; ceux-ci échappent souvent à l'observation consciente.

Le mystérieux appareil émetteur et récepteur qui permet la transmission inconsciente de sentiments et d'émotions est beaucoup plus vieux que l'humanité. Et, chez les animaux vivant en société, cette faculté de comprendre les gestes d'expression émotive les plus ténus n'atteint un tel degré d'acuité perceptuelle que parce qu'ils ne comprennent pas les mots : justement, ils ne savent pas parler. S'ils parlaient (comme les humains), ils auraient sans aucun doute, perdu cette faculté (comme les humains).

 C'est là que la zoothérapie s'avère des plus bénéfiques. Nous savons que le chien peut nous comprendre. Sans même avoir à lui parler. Nous le ressentons intérieurement. Sinon, jamais on ne lui confierait nos émois, nos secrets, notre tristesse. Il nous semble même que le chien est en mesure de saisir ce dont on lui parle. Nous lui prêtons volontiers des propensions à l'empathie, à la sollicitude... à la compassion !

 Voilà sans aucun doute ce qui permet un échange valorisant, empreint de gratifications partagées. Ne nous arrêtons surtout pas là ! On ne fait que commencer à se comprendre. Avec nos cousins les chiens.... parlons chien !

À propos de l'auteur
Chroniqueur, conférencier et éducateur canin, Jean Lessard est diplômé de la Certification Cyno-Professionnelle Canadienne Ltée, chroniqueur au magazine Poils et Cie et au bulletin de l’Association des techniciens-nes en santé animale du Québec.
Directeur des services cynologiques Ciel Mon Pitou, il a mis sur pied le projet Le Bon Chien dans la rue, destiné à optimiser les rapports entre les jeunes itinérants et leurs chiens. Il est également co-fondateur du Programme Cadieux, visant la sensibilisation à la relation humain/chien et la prévention des morsures à l’échelle nationale.
Affilié à la Clinique Animale du Vieux-Montréal et à l’Hôpital Vétérinaire de la Rive Sud, il est membre de l'Association professionnelle des éleveurs et des éducateurs canins du Québec (L'APEECQ).

NOTES

1 René Descartes, 1595-1650, philosophe, mathématicien et physicien français. Sa physique mécaniste et sa théorie des animaux-machines ont posé les bases de la science moderne. (Je pense, donc je suis)

2 Charles Darwin, 1809-1882. Suite à d'innombrables observations sur la variabilité des espèces, il élabora la doctrine évolutionniste appelée depuis lors darwinisme, qu'il fit connaître dans son ouvrage majeur : De l'origine des espèces par voie de sélection naturelle (1859).

3 500-428 av. J.-C. Il faisait de l'intelligence le principe de tout l'univers.

4 Neuropsychiatre, éthologue. Auteur de nombreux ouvrages sur le comportement humain, dont le plus récent L'ensorcellement du monde (Odile Jacob, 1997); il a aussi dirigé la publication chez Gallimard de Si les lions pouvaient parler, essais sur la condition animale.

5 Scientifique américain internationalement réputé, il est aujourd'hui professeur de psychologie à la Central Washington University et l'un des plus fervents militants pour la défense des animaux.

6 Le dinictis, cynoidé, est l'ancêtre commun des canidés (époque paléogène de l'ère tertiaire).

7 L'animal spirituel, Marie-Amélie Picard et Gilles Vidal, Éd. Montorgueil, 1994.

8 Il parlait avec les mammifères, les oiseaux et les poissons, premier livre de Lorenz écrit dans les années 1940, traduit et réédité chez Flammarion en 1968.

 
Google
Web cyno-logique.com
shadow-conseils.org enfants-et-chiens.com